Conférence de F. Twagiramungu : Non à la monopolisation de la souffrance

Publié le par gaspard-musabyimana

Le 29/01/2011 en début d’après-midi, Faustin Twagiramungu a tenu une conférence dans une des salles des Facultés universitaires Saint Louis à Bruxelles. Un centaine de personnes étaient venues l’écouter. Son discours a été axé sur la réconciliation nationale.

Carrière politique

Jean Marie Vianney Mbonimpa jouait le modérateur. Il a commencé par esquisser la carrière politique de Faustin Twagiramungu. Celui-ci a été présenté comme le premier Rwandais ayant osé défier le régime Habyarimana en animant notamment le groupe de 33 intellectuels qui Twagiramungu.JPGavaient écrit une lettre pour réclamer l’ouverture politique. Après la loi de juin 1991 légalisant le multipartisme, Faustin Twagiramungu fut élu président du Mouvement Démocratique Républicain (MDR) en août 1992 et s’illustra par sa demande insistante de la tenue de la Conférence Nationale « Rukokoma ». Il sera en outre l’un des initiateurs des Forces Démocratiques de Changement regroupant certains partis d’opposition face au MRND, ce qui aboutit au premier gouvernement multipartite. Il fut en outre le premier à demander des négociations directes entre le gouvernement rwandais et le FPR. Inscrit comme premier ministre dans l’Accord d’Arusha, il sera à ce poste après la victoire du FPR en juillet 1994.

La tâche sera ardue à cause des pratiques sanguinaires de Paul Kagame et de son armée que Faustin Twagiramungu n’a cessé de dénoncer notamment la pratique d’  « ingoyi », sorte de torture de trois liens akandooya consistant à lier fortement les bras et les jambes derrière le dos de façon que la victime meure par éclatement.

A cause de cette dure vérité, Faustin Twagiramungu fut contraint à l’exil en 1995.

En 1996, il fonde, avec Seth Sendahonga, les Forces de Résistance pour la Démocratie (FRD). En 2003, est candidat aux élections présidentielles comme challenger à Paul Kagame. Tout le monde au Rwanda est d’avis que Twagiramungu avait gagné ces élections, mais il n’a eu droit qu’à 3% des voix. Après ce hold-up électoral, il a repris l’exil et s’est accordé quelques années de vacances politiques.

C’est en août 2010 que l’idée d’un nouveau parti : le « Rwanda Dream Initiative » (RDI), est née.

Hommage aux anciens compagnons de route

Prenant la parole, Faustin Twagiramungu a salué les anciens opposants comme lui au régime Habyarimana. Un hommage soutenu a été adressé à Jean Baptiste Mberabahizi du Parti Socialiste Rwandais (PSR) que Faustin Twagiramungu a qualifié de compagnon de route dans la lutte pour la démocratie. Il a demandé à Mberabahizi de se lever et celui-ci a été applaudi. Il a salué également la présence dans la salle de Jean Baptiste Nkuriyingoma (MDR), Sylvestre Uwibajije (PSD), Nkerinka Eustache (MDR), Kabanda Célestin (MDR), Jean de Dieu Tulikumana(MDR) et Eugène Seminega (MDR). Des uns et des autres, il a vanté les qualités et les mérites.

Réconciliation, oui, mais avec des préalables

Dans la vue de RDI, la réconciliation passe par la vérité. Cette vérité, c’est que tout Rwandais est victime. La monopolisation de la souffrance est inacceptable, comme l’est aussi l’exploitation éhontée du génocide.

Il a cité l’exemple d’un extrémisme notoire d’une jeune tutsi qui avait été enceintée par un jeune hutu. Les parents de la fille ont crié au scandale sur cette relation. Le garçon voulant épouser sa bien-aimée, les parents de la fille ont dit non et ont voulu faire avorter la fille. Le couple a dû Mbonimpa.JPGs’exiler.

Dans cette quête à la recherche de la vérité, tous les criminels doivent être punis. Non seulement ceux qui ont tué des Tutsi, mais également ceux qui ont tué des Hutu comme à Kibeho, ou dans l’ex-Zaïre.

Il faut également se réconcilier avec notre histoire : il n’y a pas eu de génocide en 1959. Ce sont des tueries atroces de leaders hutu tels que Secyugu, Pole Pole, Sindibona, qui ont mis le feu aux poudres en 1959. Dans les années 60, ce sont les « Inyenzi », dont un certain Numa, qui ont semé le terrorisme dans le pays.

La réconciliation suppose également la responsabilité. C’est par exemple la reconnaissance des mérites des anciens chefs d’Etat et l’organisation de leur inhumation dans la dignité. La dépouille mortelle de Dominique Mbonyumutwa, premier président du Rwanda, a été déterrée vers une destination inconnue, celle de Grégoire Kayibanda ou de Juvénal Habyarimana ou même celle du roi Musinga enterré en RDC par les colonisateurs, toutes ces dépouilles doivent être recherchées et inhumées avec des honneurs des anciens chefs d’Etat.

Dans ce cadre, l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président Habyarimana doit être diligentée. Ceux qui poussent le cynisme jusqu’à impliquer entre autres sa femme dans cet assassinat sont de véritables charognards.

Sur ce chapitre, Faustin Twagiramungu a répondu à la question ayant trait au « Mapping Report » accusant le FPR d’avoir commis des actes de génocide sur les réfugiés hutu de l’ex-Zaïre. Il a dit avoir eu rendez-vous au Département d’Etat américain et qu’il a eu l’occasion d’étaler longuement les crimes du FPR et de demander qu’un tribunal soit mis sur pied pour juger les criminels du FPR.

Courage aux opposants politiques en prison

La chasse aux opposants politiques par le FPR est une constante. Twagiramungu a été inculpé pour négationnisme en 2006 parce qu’il avait dit qu’il ne s’agenouillerait jamais devant un Tutsi. Ce qu’il a répété insistant sur le fait que ses parentes et ses grands parents ont été des hommes libres qui n’ont jamais été soumis sous le joug de la féodalité. De même lui ne peut se soumettre à ces pratiques surannées.

La politique criminelle du régime du FPR consistant à fabriquer des preuves pour emprisonner des opposants politiques est malheureuse. Faustin Twagiramungu a entre autres salué le courage de Victoire Ingabire, qui a été soumise aux tracasseries de toutes sortes par les milices du régime avant d’être mise en prison. Il a cependant reconnu, à une question qui lui était posée, que cette dame est partie trop tôt au Rwanda et que le discours qu’elle a prononcé est véridique mais prématuré.

Finalement ?

Le parti RDI recrute actuellement des membres qui seront regroupés dans des « RDI Clubs ». A sa maturité, le RDI deviendra le MPC, le « Mouvement Populaire pour le Changement ».

 

Gaspard Musabyimana

30/01/2011

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