France/Rwanda : les dessous de la visite prochaine du président P. Kagame à Paris

Publié le par gaspard-musabyimana

Le président Nicolas Sarkozy en visite au Rwanda en février 2010

Le président Paul Kagame sera en visite à Paris le 12 septembre de cette année. Ainsi l’a annoncé l’ambassadeur de France au Rwanda M. Contini, en primeur et solennellement, à l’occasion du 14 juillet 2011, en recevant ses invités dans les jardins de l’ambassade de France à Kigali.

Comment subitement, cette visite, plusieurs fois reportée, est maintenant possible ? Des observateurs au fait des arcanes de la politique française sont d’avis que des mois après son départ du Quai d’Orsay, l’ancien ministre des Affaires étrangères de France Bernard Kouchner, continuerait de diriger la diplomatie française, du moins en ce qui concerne le Rwanda. En effet, le 7 avril 2011, Kouchner était l’hôte d’honneur français lors de la commémoration du 17° anniversaire du génocide à Kigali. Il était aux côtés de Laurent Contini actuel ambassadeur de France au Rwanda. Rappelons que ce dernier a été nommé par Bernard Kouchner lui-même et qu’il est l’un de ses proches puisqu’il fut membre de son cabinet.

Quelques jours plus tard, à savoir le 17 avril 2011, nous apprendrons, sous la plume de Jean François Dupaquier, un des plus zélés défenseurs du président rwandais et pourfendeur de l’action de la France au Rwanda dans les milieux de la presse, que l’ambassadeur Laurent Contini, encadré par son mentor Bernard Kouchner, a officiellement fustigé l’action des armées françaises au Rwanda en 1994, se mettant ainsi en porte à faux avec la position de l’actuel ministre des Affaires étrangères Alain Juppé pour qui les soldats français ont fait leur devoir et qu’en aucun cas leur honneur ne peut être sali.

Sous un titre sans équivoque, Jean François Dupaquier a écrit en effet sur le site Africarabia que « l’ambassadeur de France jette un pavé dans la mare ». Et de rapporter les propos que Laurent Contini a prononcé dans l’enceinte de l’ambassade de France à Kigali le 9 avril 2011 et tendant à affirmer qu’en 1994, les soldats français ont refusé d’évacuer les Tutsi alors qu’ils en avaient reçu l’ordre.

Ces déclarations d’un représentant de la France au Rwanda faites au moment où un ancien ministre des Affaires étrangères de France se trouve dans ce pays, ne pourront que choquer les militaires français qui ont servi au Rwanda en 1994 et qui, depuis des années, sont la cible des milieux politiques et de la presse qui n’ont d’autres marchandises à vendre au dictateur Kagame que l’honneur des soldats français. Ces derniers sont cependant prêts à se battre avec la dernière énergie pour préserver l’honneur de la France.

Cet épisode laisse l’impression que Bernard Kouchner reste bien le ministre des Affaires étrangères « pour le Rwanda » et que donc l’ambassadeur Laurent Contini qu’il a envoyé à Kigali peut continuer à exprimer des vues, même diamétralement opposées à celles de la diplomatie officielle du gouvernement français et qui mettent même injustement en cause l’armée française. Si cela n’est pas ce qui s’appelle « diplomatie parallèle », qu’on nous dise ce que c’est !

Et voici que l’opération continue ! Le 14 juillet 2011, l’ambassadeur Contini, en recevant ses invités dans les jardins de l’ambassade de France à Kigali, annonce en primeur et solennellement la visite de Paul Kagame à Paris le 12 septembre 2011. Cette visite viendra sûrement couronner les efforts du lobby de Kouchner pour vendre l’image de Kagame en France au prix de l’humiliation de ses forces armées, de la garantie d’impunité pour les assassins des citoyens français et de la violation des principes élémentaires de justice et des droits de l’homme. En effet pour que Kagame soit invité à l’Elysée et ose y répondre, c’est qu’il aurait eu au préalable l’assurance que les poursuites engagées contre ses proches collaborateurs par la justice française sont définitivement abandonnées. Quelques signes qui ne trompent pas : le juge Trévidic, qui avait repris le dossier de l’attentat du 6 avril 1994 dans lequel ont péri les présidents rwandais et burundais avec leurs suites ainsi que trois citoyens français, s’était rendu au Rwanda en 2010. Il avait alors promis de publier son rapport en mars 2011. Cette date fut repoussée à mai 2011, avant d’être reléguée aux calendes grecques. En réalité, le juge Trévidic est en face d’un dilemme cornélien. D’un côté, les pressions sont énormes pour qu’il conclut à la responsabilité des ex-Forces armées rwandaises (FAR) comme l’a suggéré le rapport dit Mutsinzi et commandité par le régime en riposte aux mandats d’arrêts émis par le prédécesseur de Trévidic, le juge Jean-Louis Bruguière et désormais levés, ou alors de ne pas du tout publier son rapport s’il tend à incriminer Kagame et son armée.

De même, Kagame serait presque sûr de rentrer avec dans la soute de son avion Madame Habyarimana Agathe, la veuve du président assassiné le 6 avril 1994 et dont la comparution devant une juridiction qui doit statuer sur son extradition vers le Rwanda est comme par hasard fixée début septembre.

De toute évidence, Bernard Kouchner continue de piloter la diplomatie de la France spécialement avec le Rwanda où il a placé son protégé Laurent Contini comme ambassadeur et que le patron formel du Quai d’Orsay, Alain Juppé, est accusé de génocide par le Rwanda de Paul Kagame. Parions qu’il aura soin de s’éclipser le 12 septembre quant Kagame sera reçu en grande pompe (tapis rouge, garde d’honneur, …) au palais de l’Elysée. Il ne peut en être autrement car comme le rapporte l’hebdomadaire Jeune Afrique, Alain Juppé qui réagissait aux propos du président rwandais a déclaré le 4 mai : « M. Kagamé a dit que je n’étais pas le bienvenu au Rwanda : cela tombe bien. Je n’avais pas l’intention d’y aller, ni de lui serrer la main ». Alain Juppé, en tant que ministre des Affaires étrangères, est pourtant l’un des plus concerné par cette visite. Pourrait-il passer l’éponge et faire comme si rien ne s’était passé ? Ce serait alors la « realpolitik ». Et ainsi va le monde.

Zédoc Bigega
Echosdafrique

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