Rwanda : l'industrie du génocide

Publié le par gaspard-musabyimana

Dans le texte qui suit, Joseph Matata, activiste des droits de l’Homme , établit un parallèle frappant entre l’exploitation du génocide rwandais par les caciques du FPR et le fonctionnement des sociétés multinationales. Les deux « cartels » ont entre autres en commun, la recherche effrénée du gain ! Le texte complet a été présenté dans une conférence internationale sur le TPIR à Bruxelles le 22/05/2010.

 

kagame.jpgD’après le dictionnaire une industrie est un ensemble des activités des métiers qui produisent des richesses par la mise en œuvre des matières premières, par l’exploitation des mines, des sources d’énergie, etc. Exemples : industrie automobile, industrie textile. L’industrie peut se définir aussi comme toute activité économique organisée sur une grande échelle. Exemple : industrie du spectacle.


Pour le cas du Rwanda, je qualifierai « d’industrie du génocide rwandais » toutes les richesses générées par "l’exploitation militaire, géopolitique, sociopolitique, socioéconomique et judiciaire" du génocide rwandais ».

Les bénéficiaires, les exploitants, les employés et les sous-traitants de ce génocide travaillent comme de véritables « industriels » et souvent « industrieux »[1] » et savent utiliser et exploiter toutes les techniques de marketing commercial habituel pour rentabiliser leur « industrie du génocide » sans scrupules.

 

Il existe de nombreuses victimes de cette industrie.

Les victimes de « l’industrie du génocide rwandais » sont essentiellement les victimes Tutsis, Hutus et Twas (morts ou rescapés des crimes de génocide qui ont frappé toutes les ethnies).

1) Les bénéficiaires et les exploitants du génocide rwandais sont essentiellement des chefs militaires et politiques du Front Patriotique Rwandais (FPR) regroupés dans une sorte de « cartel du crime organisé »[2] qui fonctionne comme n’importe quelle structure maffieuse.

La différence entre les maffias ordinaires et ce « cartel du crime » rwandais, c’est que le chef de ce « cartel du crime organisé » au Rwanda n’est autre que le chef de l’Etat rwandais, le général Paul KAGAME, qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et toutes les forces de sécurité ainsi que tous les services de renseignements qui paralysent toutes les institutions officielles de l’Etat Rwandais. En tant que chef de l’Etat, le général Paul Kagame contrôle toutes les forces de police, l’armée, la Local Defense Forces (LDF) et sa nouvelle milice appelée « Intore » chargée de surveiller étroitement la population et de renforcer l’appareil de terreur existant.


Pour exercer le terrorisme d’Etat sur n’importe quel citoyen, le président Paul Kagame s’entoure de ses plus fidèles généraux et officiers supérieurs, tous impliqués dans les crimes de génocide, les crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité. Récemment il a promu plusieurs de ces généraux qui sont visés par les 40 mandats d’arrêt (…).

C’est le président Kagame et ses chefs militaires qui sont les véritables bénéficiaires et exploitants de cette « industrie du génocide rwandais ». Pour mieux désinformer et manipuler l’opinion publique rwandaise et internationale, ces chefs militaires ont réduit le génocide rwandais aux seules victimes tutsies de ce gigantesque génocide. Ils ont suspendu les derniers journaux indépendants : UMUSESO et UMUVUGIZI qui osaient encore critiquer la mauvaise gouvernance et la corruption qui gangrènent le Rwanda depuis environ 16 ans de règne du FPR.


L’exploitation socio-politique du génocide rwandais permet aux bénéficiaires et exploitants du génocide d’éliminer physiquement, judiciairement ou politiquement tous les opposants politiques réels ou supposés. Peu importe qu’ils soient issus de l’ethnie Hutu ou Tutsi (exemples : l’emprisonnement arbitraire de M. Déogratias MUSHAYIDI, président du Pacte de Défense du Peuple (PDP) IMANZI, kidnappé au Burundi et déporté vers le Rwanda le 05/03/2010, l’arrestation et l’interdiction d’exercer ses activités politiques au Rwanda de Mme Victoire INGABIRE Umuhoza, présidente des FDU-INKINGI).


L’exploitation socio-politique du génocide a permis aux bénéficiaires et exploitants du génocide d’assassiner, d’emprisonner ou de contraindre à l’exil de nombreux anciens dignitaires Hutus et leurs descendants. Les assassinats et les emprisonnements arbitraires sont nombreux et plusieurs descendants ou parents des dignitaires Hutus croupissent en prison sans procès ou après avoir été victimes des procès inéquitables (exemples : emprisonnements arbitraires des fils des anciens bourgmestres Hutus : Ambroise CYUBAHIRO, Eugène NGABWA, l’ancien sous-préfet Pierre NTAMUSHOBORA, etc.).


2) Les employés de « l’industrie du génocide » sont constitués par des juges (ordinaires ou des juges Gacaca), des délateurs, des vrais et/ou faux témoins à charge qui opèrent comme de véritables « acteurs de cinéma » destinés à jouer indéfiniment dans plusieurs films. Ici les « films » étant des « procès ordinaires ou Gacaca ». Pour augmenter le rendement de cette industrie, les « huissiers de justice » viennent accélérer les « fausses » ventes aux enchères des biens saisis par les tribunaux ordinaires et les tribunaux Gacaca. Les faux témoins souvent sollicités pour calomnier des accusés Hutus innocents sont des professionnels de la délation institutionnalisée au Rwanda.


D’après le dictionnaire, la délation est une dénonciation intéressée et méprisable. Un délateur est une personne qui pratique la délation, un dénonciateur. La délation dont nous parlons dans ce document est un système criminel mis en place par le régime du (FPR) Front Patriotique Rwandais pour calomnier et faire emprisonner des personnes innocentes. Ce régime a implanté au Rwanda des milliers de syndicats de délateurs directement recrutés, formés, protégés et financés par les agents de la DMI (Directorate of Military Intelligence).

La consolidation de ces syndicats de délateurs s’est accompagnée par une terrible « épuration ethnique et politique de la Magistrature rwandaise ». Elle débuta par l’enlèvement et la disparition du Président ad intérim du Tribunal de Première Instance de Kigali, Monsieur Gratien RUHORAHOZA le 5 octobre 1994 parce qu’il avait libéré des détenus dont les dossiers étaient tout à fait vides. Plusieurs magistrats Hutu furent assassinés. Des magistrats Tutsis furent contraints de s’exiler (exemple : le juge tutsi Jariel RUTAREMARA qui osa prononcer l’acquittement de l’évêque catholique de Gikongoro, Monseigneur Augustin MISAGO, qui fut arrêté le 14/04/1999 puis libéré le 15/06/2000).


Plus de 40 magistrats hutu courageux et honnêtes furent ciblés (par des délateurs manipulés par les extrémistes tutsi) et emprisonnés en vue de les museler et de les écarter. L’ancien procureur de Kigali ad intérim sous le régime de Paul Kagame, Monsieur Silas MUNYAGISHALI, fut condamné grâce aux syndicats de délateurs et exécuté le 24/04/1998 parmi les 22 condamnés à mort exécutés à cette date. L’ancien procureur de Butare sous le régime de Paul Kagame, Monsieur Célestin KAYIBANDA, fut maintenu en prison sans procès pendant plus de six ans avant d’être libéré par le courageux procureur général Jean Marie Vianney Mbarushimana (qui fut limogé et éjecté du système judiciaire par après).


Une autre catégorie des employés de cette industrie ce sont les « voyous et les bandits de tout acabit » qui sont sollicités et loués par les « industriels du génocide ». Ils se sont donnés un nom honorable : « les commissionnaires » des tribunaux GACACA. C'est-à-dire que ces commissionnaires doivent bien travailler pour toucher des « commissions » sur les ventes aux enchères des biens saisis par les tribunaux à l’issue des procès inéquitables. Pour gagner leur vie et toucher leur part du butin, les « commissionnaires » doivent rechercher des maisons, des propriétés ou des terrains à bâtir appartenant à des Hutus (innocents ou coupables) pour ensuite les renseigner auprès des « industriels du génocide » qui recourent aux services des juges Gacaca corrompus. Une fois que les « biens à saisir » sont identifiés ainsi que leurs propriétaires légitimes, des faux procès Gacaca sont montés d’urgence et chaque intervenant dans cette industrie apporte sa contribution pour déclencher « des procès Gacaca inéquitables » qui aboutiront à la spoliation des biens d’autrui en toute IMPUNITE.


Par exemple, on nous rapporte qu’un certain NKUBIRI alias « Boss », un homme assez riche, est devenu fort célèbre dans les juridiction Gacaca de REMERA (ville de Kigali) . De telle sorte que les juges Gacaca le craignent et se mettent à son service pour liquider les biens meubles et immeubles appartenant à des Hutus innocents. Cet homme est réputé jouer un rôle important dans l’industrie du génocide dans certains quartiers de Remera. Il serait habitué à louer de nombreux « commissionnaires » pour trouver des biens immobiliers à vendre aux enchères par les tribunaux.



[1] Industrieux, euse ad.j litt. : adroit, habile dans son métier.

[2] Ces cartels combinent trois modes d’organisation qui s’excluent ici.

Un cartel criminel est d’abord une hiérarchie militaire :

1) Une organisation économique financière de type capitaliste, structurée selon les mêmes paramètres de maximalisation du profit, de contrôle vertical et de productivité que n’importe quelle multinationale industrielle, commerciale ou bancaire légale ordinaire.

2) En même temps, le cartel est une hiérarchie militaire. La violence est au fondement de toute association criminelle. Une violence souvent extrême, entièrement soumise à la volonté d’accumulation monétaire, de domination territoriale et de conquête de marchés

Une société multinationale prospère par l’initiative personnelle, le libre jeu à l’intérieur de structures souples, de la volonté accumulatrice de chacun de ses membres.

Une structure militaire, par contre fonctionne sur le mode autoritaire. La hiérarchie militaire se définit par la relation commandement/obéissance. Obéir aveuglement jusqu’à la mort, aux ordres de ses chefs constitue le premier devoir du soldat.

3) Le 3ème mode d’organisation auquel fait appel le cartel criminel est la parenté clanique, la structure ethnique. Ce 3ème mode, la formation ethnocentrique, est en principe exclusif des autres sociabilités mentionnées, la hiérarchie militaire et la formation capitaliste. Or, ici aussi, le cartel criminel surmonte la contradiction et crée la symbiose.

Chacun des trois modes d’organisation : capitaliste, militaire et ethnique – possède sa propre et redoutable efficacité. (…) Dans la vie ordinaire les 3 formations s’excluent et s’opposent entre elles.

En les combinant (les 3 modes d’organisation), le cartel criminel parvient à additionner les efficacités propres à chacune d’elles. D’où sa force victorieuse et l’immunité qu’il oppose généralement à toute tentative de pénétration policière.

 

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