Rwanda : la presse pro-régime agite le spectre de l’ethnisme pour diaboliser l’opposition politique

Publié le par gaspard-musabyimana

30 JUIN 2011 21 H 04 MIN 3 COMMENTAIRES

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Dans son n° 482 du 12 au 18 juin 2011, «Points Focaux », qui est une « Revue hebdomadaire de la presse rwandaise », l’éditorialiste Ndayishimiye Jovin qui est aussi le chef de cette publication, a mis tout son talent pour présenter la dictature de Paul Kagame comme la seule alternative politique au Rwanda, pour minimiser le poids de l’opposition à la même dictature et au passage pour la diaboliser.

Revenant sur le show budgétivore de Chicago où du 10 au 11 juin le dictateur Kagame avait fait venir du monde entier (et surtout du Rwanda des centaines de courtisans pour l’acclamer à tout rompre), Ndayishimiye Jovin écrit : « Le régime de Kigali à la tête duquel Paul Kagame, président, a bien calculé son coup : montrer la faiblesse de la force de frappe de ceux qui s’érigent leaders de l’opposition.  De petits milliers de participants à la fête rwandaise contre de petites dizaines de manifestants contre le régime de Paul Kagame… » Franchement, est-ce à l’aune des rassemblements de curieux payés pour venir acclamer le dictateur que doit se mesurer le poids de son opposition qui ne dispose pas des moyens énormes comme ceux de l’Etat et dont les membres doivent se saigner à blanc pour militer et défendre leurs idéaux démocratiques malgré la chasse à l’homme qu’exerce sur eux Paul Kagame? Fallait-il dépenser des milliers de dollars en frais d’hôtels, de transports et de lobbying pour que Kagame prouve qu’il est plus fort « matériellement » que son opposition ? C’est tout simplement ridicule, minable et digne d’une république bananière.

Non content de les avoir déjà discrédités, l’éditorialiste assène à l’encontre des manifestants de Chicago : « Ils brandissaient les anciens emblèmes dont le drapeau national en vigueur sous les régimes des prédécesseurs de Kagame. Ils montraient, par là, que dans le fond, ils abhorrent tout du régime du Président Paul Kagame. »

Ce qu’oublie notre « nouveau rwandais » c’est que ce drapeau Rouge-Jaune-Vert fait partie intégrante et indissociable de l’histoire et de la culture du Rwanda. Et d’ailleurs, il se trompe lourdement et de là nous trompe aussi en prétendant que ce drapeau était en vigueur seulement sous les régimes que Kagame a renversé. La vérité est que Paul Kagame lui-même s’est incliné devant ce drapeau pendant près de 10 ans après sa conquête du pays en 1994. Il n’y a donc aucune hôte et encore moins aucun crime à en posséder un spécimen et à le brandir en privé. Après tout à Chicago, il n’était pas hissé sur un édifice public rwandais.

Sur sa lancée, Ndayishimiye Jovin étale au grand jour le « syndrome d’encerclement » qui semble l’habiter. Dans une gymnastique intellectuelle dont il a seul le secret, il tente de nous démontrer que toutes les activités en rapport avec le Rwanda sont infectées par l’opposition au dictateur Kagame. Et pour lui, cette opposition n’est autre que les FDU de Victoire Ingabire. Toujours selon lui, les tentacules de l’opposition s’étalent partout ! Ainsi, les ONG de défense des Droits de l’Homme ont été récupérées par cette opposition. Il écrit : « Alors que ces associations militant pour les droits humains font leur travail correctement tout en invitant le régime à tempérer ses élans jusqu’auboutistes, leurs publications sont récupérées par l’opposition qui enfonce politiquement le régime de Kigali dont elle ne reconnaît pas la légitimité. »

Les intellectuels et autres analystes politiques ne sont à ses yeux que des agents de l’opposition. La presse indépendante, les sites internet et même les maisons d’Editions qui publient des œuvrent critiques au dictateur Kagame sont en réalité des relais de cette opposition. « Il y a des leaders politiques qui ne font que cela. Ils sont appuyés par des leaders d’opinion œuvrant dans le domaine des droits de l’homme. On entendra les CLIIR/ Centre de Lutte contre les Injustices et l’impunité au Rwanda, d’un certain MATATA. Il y a aussi de fins rhétoriciens attaquant dans le domaine des lettres tournées vers le combat pour la victoire  de la cause de la ré intronisation du règne de la majorité. Ici Mr MUSABYIMANA, INYENYERINEWS, JAMBONEWS et autres EDITIONS SOURCES DU NIL … jouent excellemment le jeu. Leurs activités intellectuelles dans le domaine de la publication épatent et attirent l’opinion internationale. » Il est aussi intéressant de voir comment tous ces différents pouvoirs- car être un leader d’opinion vous confère un ascendant social certain, donc un pouvoir sur des sujets- se jouent apparemment sans lien entre eux et pourtant la résultante étant une : créer des conditions propices de capture du pouvoir sous une forme de révolution sociale dans une sorte de réédition de celle de 1959. » 

Au Rwanda même le bouc émissaire idéal est vite trouvé : il s’agit de l’Eglise catholique dont selon le journaliste les « communautés de base » ne seraient que les cellules de l’opposition incarnée par le parti FDU de Victoire Ingabire. Il déclare en effet : « Puis à l’intérieur du pays, l’organisation de cette formation FDU est profonde dans les communautés de base avec des liens étroits avec les MIRYANGO REMEZO de la sacrée Eglise Catholique. Certains prêtres trouveront même qu’ils peuvent troquer leurs soutanes et chasubles pour entrer dans la mêlée politique avec leur Website très négativement percutant dénommé LE PROPHETE.FR. Il ne vient pas aider le citoyen rwandais à avancer dans le domaine de la culture démocratique. Il vient attiser le feu entre Gouvernement et Opposition. »

Soulignons aussi le procès d’intention que l’éditorialiste intente à l’opposition en l’accusant « d’ethnisme » et de vouloir restaurer le régime installé par la révolution populaire de 1959. « Il est aussi intéressant de voir comment tous ces différents pouvoirs- car être un leader d’opinion vous confère un ascendant social certain, donc un pouvoir sur des sujets- se jouent apparemment sans lien entre eux et pourtant la résultante étant une : créer des conditions propices de capture du pouvoir sous une forme de révolution sociale dans une sorte de réédition de celle de 1959. »

On se demande sur quoi il se base pour affirmer cela. L’a-t-il lu dans un quelconque manifeste ou statut d’un parti d’opposition ou l’a-t-il entendu dans un discours d’un leader de l’opposition ?

Notre confrère devait avoir compris que le temps d’agiter des épouvantails ou crier au loup (minorité menacée) pour attirer la sympathie et laisser « génocider en paix » comme au Burundi en 1972, est révolu. Les peuples sont assez mûrs pour exiger la démocratie sans tomber dans la démagogie. Paradoxalement les Barundi l’ont bien compris et ils sont sur la bonne voie.

Emmanuel Neretse
Echos d’Afrique

 

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