Rwanda : Les contradictions de Paul Kagame

Publié le par gaspard-musabyimana

 Serment2.jpgEn visite en Grande Bretagne, le président du Rwanda Paul Kagame a accordé en date du 23 mars 2011 une logue interview au quotidien londonien « The Times » au cours de laquelle il a exprimé son soutien aux frappes aériennes des puissances occidentales contre la Libye et pour les justifier il n’a pas hésité à établir une similitude avec les événements du Rwanda de 1994 et ce qui se passe en Libye. Non seulement il compare des situations tout à fait incomparables, mais encore il porte des allégations mensongères au sujet de l’action (ou de l’inaction) de l’ONU au Rwanda en 1994.

 

Amnésie ou mensonges délibérés ?


En 1994, le contexte était tout à fait différent de ce qui se passe en Libye en 2011. Après avoir attaqué le pays en octobre 1990, les soldats d’origine tutsi de l’armée régulière ougandaise avec à leur tête un certain Paul Kagame, étaient parvenus à se faire reconnaitre comme une « rébellion rwandaise ». Le gouvernement rwandais légitime avait consenti à signer la paix avec ces « curieux réfugiés » et sous les auspices de la Communauté Internationale, un partage du pouvoir avec eux était en cours de réalisation. Pour accompagner ce processus, l’ONU va déployer une force connue sous le nom de « Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda » (MINUAR) et commandée par un général canadien nommé Roméo Dallaire.


Impatients ou non content de partager le pouvoir, les « rebelles » de Paul Kagame rompent les accords de paix et passent à l’offensive le 7 avril 1994, après avoir assassiné le président de la République Juvénal Habyarimana. Dès les premières heures de l’offensive, Paul Kagame va s’opposer à toute idée de cessez-le feu et surtout à toute intervention des troupes de l’ONU pour pacifier le pays. Le général Dallaire qui commandait la MINUAR rapporte ce que le même Kagame lui a dit à ce sujet : « …Nous combattrons toute armée d’intervention qui viendra au Rwanda. Laissez-nous résoudre nous-mêmes les problèmes du pays »[1]. Les Casques bleus qui étaient déjà au Rwanda suite à l’accord de paix ont été sommés de rentrer chez eux après l’ultimatum du même Kagame. Le général ghanéen Anyidoho, qui était le commandant en second de la MINUAR et donc l’adjoint du général Dallaire a écrit qu’ils avaient reçu un ultimatum du Haut commandement du FPR les sommant de quitter le pays ( … ultimatum we receiveid from RPF High Command to withdraw our troops from the DMZ)[2].


Parallèlement, des émissaires du FPR sillonnaient le monde pour exprimer son opposition à toute intervention au Rwanda. A Bruxelles le 30 avril 1994, un certain James Rwego déclara qu’il n’y avait pas de personnes en danger à sauver au Rwanda[3]. Au même moment, Claude Dusaidi et Gérald Gahima étaient à New York pour faire pression afin qu’aucune décision allant dans le sens d’envoyer une force au Rwanda ne soit prise[4].


Si donc l’ONU (ou la Communauté Internationale) n’est pas intervenue au Rwanda en 1994, c’est bien parce que Paul Kagame s’y est opposé. Si les troupes de la MINUAR se sont retirées du Rwanda dès avril 1994, c’était suite à l’ultimatum de Paul Kagame. Aujourd’hui, continuer à clamer que le Rwanda fut abandonné à son sort, que la Communauté internationale n’est pas intervenue en avril 1994, relève d’une supercherie historique et d’un cynisme innommable surtout quand cela vient de celui-là même qui s’est opposée à toute intervention.


Sauver la population ou prendre le pouvoir ?


En s’opposant à toute intervention pour sauver les populations innocentes, Kagame a fait le choix de prendre le pouvoir au prix de milliers de morts. Aurait-il eu un quelconque état d’âme envers ces populations, il aurait accepté que le monde vienne en aide au Rwanda en 1994. Il s’y est sciemment et consciemment opposé. Aujourd’hui qu’il a le pouvoir dont il rêvait même au prix de l’extermination des Rwandais, il ne peut prétendre regretter la non assistance au peuple en danger dont il est à la base.


Emmanuel Neretse

01/04/2011

 

 

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"Si l’ONU n’est pas intervenue au Rwanda en 1994, c’est parce que Washington et Londres ne voulaient pas et ils ont mis tout leur poids pour empêcher l’ONU d’intervenir.

Leur objectif, quel qu’en soit le coût, était de permettre au Front patriotique rwandais sous la direction de Paul Kagame d’emporter une victoire décisive et de partir par la suite à l’assaut du Zaïre, aujourd’hui la République démocratique du Congo. Ce qui fut fait". Lire la suite



[1]  Gen. RoméoDallaire, J’ai serré la main du diable, Montréal, Libre Expression, 2003, p.207

[2] Gen. Anyidoho, Guns over Kigali, Accra,1997, p.41

[3] Human Rights Watch, Brussels,  interview au telephone : 30/4/1994

[4] Gahima Gerald, Dusaidi Claude, Statement by the Politic Bureau of RPF on Proposed Deployment of a UN Intervention Force in Rwanda. New York, April 1994.

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