Spiridion Shyirambere : décès d'un grand défenseur de la liberté de pensée

Publié le par gaspard-musabyimana

Né le 21 mars 1944 à Rwamatumu-Kibuye, dans l’Est du Rwanda, Shyirambera Spiridion avait fait, entre 1965 et 1973, une licence et un doctorat en philologie romane de l’Université Catholique de Louvain (UCL) ainsi qu’une agrégation de l’enseignement secondaire supérieur à la même université.Shyirambera-spiridion.JPG

Rentré au pays en 1973, il fut professeur de Lettres à l’Université nationale du Rwanda. En 1975, il bénéficia d’une bourse de la « Fullbright High School » à University of California à Los Angelos.

En 1976, il a été diplomate à l’ambassade du Rwanda auprès de l’Ethiopie et de l’Organisation de l’Unité Africaine à Addis Abéba. Fin 1976, il fut nommé Secrétaire général de l’Université Nationale du Rwanda et reprit également sa carrière de professeur. Il était surnommé alors « Hautement qualifié » par ses étudiants qui admiraient son langage châtié, son franc-parler et son élégance vestimentaire.

Le 28 avril 1980, il fut mis en prison dans ce qui est connu au Rwanda comme « l’affaire Lizinde » ou « la conspiration de 1980 », un complot politique déjoué selon les autorités d’alors. Il ne sera libéré que le 19/6/1984 grâce à Amnesty International qui l’avait adopté comme prisonnier d’opinion. Il s’exila en Belgique en 1985. Dans ce pays, il fut professeur de français, au degré supérieur, dans divers établissements de la Communauté Française de Belgique en province du Luxembourg.

Dans son exil, Spiridion Shyirambere a été abordé par le FPR qui préparait l’attaque contre le Rwanda. Il était professeur à l’Institut Technique de la Communauté française à Arlon lorsqu’il fut mis en contact téléphonique avec le général Fred Rwigema à Kampala en Ouganda par Emmanuel Kayitana, un activiste du FPR en Belgique. C’était en janvier 1990. Rwigema l’annonçait qu’il allait venir en Belgique pendant les vacances de Pâques d’avril 1990 pour le rencontrer. Il fut empêché et envoya une délégation conduite par Paul Kagame et composée de Titus Rutaremara, Jean Pierre Ntunda, Jean Bosco Rwiyamilira. Comme, il l’a écrit, Shyirambere avait vite perçu chez ses interlocuteurs l’intention de créer un vaste espace monoethnique tutsi et s’était également rendu compte que le FPR recrutait quelques Hutu pour la façade. Pour habiller son « projet ignoble », poursuit-il, cette délégation parlait de « créer un Etat de droit…et diverses autres galéjades qui flattent l’Occident ». S’il avait accepté la proposition, il devait servir de « caisse de résonance en Europe pour une guerre médiatique, une fois les hostilités déclenchées ». Non satisfait de cet échec, le chef du FPR d’alors, Fred Rwigema, vint lui-même en Belgique début juillet 1990, soit trois mois avant la guerre, pour insister. Il continua son voyage aux Etats-Unis au Canada pour d’autres contacts. Fin juillet 1990, Rwigema téléphona Shyirambere depuis Montréal pour un autre rendez-vous à Frankfurt en Allemagne. Shyirambere ne répondit pas à l’invitation et finalement il opposa un refus poli à Rwigema.

En octobre 1990, le FPR lança ses attaques sur le Rwanda et, conquit le pays en juillet 1994au Rwanda. Fort de son expérience avec ce mouvement de maquisards, Spiridion Shyirambere n’a cessé d’attirer l’attention des autorités belges sur la dérive totalitaire de ce régime de Kigali. C’est dans ce cadre qu’il avait adressé une longue lettre, le 29/01/2000, à Louis Michel, alors ministre des Affaires étrangères.

Spiridion Shyirambere nous a quittés le lundi 10 janvier 2011 à Arlon. Que Dieu ait son âme.
par Gaspard Musabyimana
12/01/2011

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