Vers la fin de la crise au sein du Parti FDU-Inkingi ?

Publié le par gaspard-musabyimana

Bukeye-nkiko-musangamfura.JPGLe 27/02/2011 a eu lieu à Bruxelles une réunion organisée par le Parti FDU-Inkingi. Elle devait avoir initialement lieu à l'ULB mais l'université a annulée la réservation de la salle à la dernière minute. Une autre salle a été trouvée sans grandes difficultés.

 

Malgré ce sabotage manifeste, autour de 250 militants et sympathisants avaient répondu au rendez-vous.

 

Sur le podium étaient présents Nkiko Nsengimana, président du Comité de coordination des FDU-Inkingi, Sixbert Musangamfura, chargé des Relations extérieures, Joseph Bukeye chargé de la Mobilisation, Ndereyehe Charles chargé des stratégies, Michel Niyibizi chargé des Affaires sociales et Emmanuel Mwiseneza chargé de l’Information.

 

Nkiko Nsengimana, épaulé par Joseph Bukeye et Charles Ndereyehe, a pris la parole pour expliquer longuement la genèse de la crise au sein des FDU-Inkingi.

 

La crise actuelle au sein des FDU prend naissance depuis que ce parti a décidé d’aller travailler au Rwanda. Victoire Ingabire fut désignée comme candidate à la présidentielle de 2010. Elle devait être accompagnée au Rwanda entre autres par Eugène Ndahayo (France), alors Vice-président du parti. Le Secrétaire exécutif en ce moment, Jean Baptiste Mberabahizi, était affecté en Afrique pour une mission de longue durée. La présidente du Parti et son vice-président devant tous les deux partir au Rwanda, le 09/01/2010 le Parti mit en place une structure chargée de l’encadrement des militants restés à l’extérieur du Rwanda. Elle prit le nom de « Comité de coordination » et fut confiée à Nkiko Nsengimana qui était alors 2è Vice-président du Parti.

 

Finalement Eugène Ndahayo ne partit pas au Rwanda. Mais avec l’existence du « Comité de coordination », il perdait la place de vice-président et semblait en chômage déguisé. Entre lui et Nkiko Nsengimana, ce fut la guéguerre. Pour l’intérêt du Parti qui frôlait déjà la scission en ce moment, il fut trouvé un compromis. Le Comité de coordination fut élargi notamment à Ndahayo et Mberabahizi dont la mission avait été suspendue. Cette sorte de bricolage a permis de mettre en place une nouvelle structure dite « Comité de soutien des FDU » et Ndahayo en fut nommé président. Mais ce « bricolage » n’apaisa pas les esprits et la bagarre entre les deux hommes était loin de prendre fin.

 

Par sa déclaration du 08/04/2010 signé par Eugène Ndahayo, le Comité de Soutien réaffirmait le leadership de Victoire Ingabire Umuhoza et exprimait son soutien au Comité Exécutif  Provisoire mis en place le 12/03/2010 au Rwanda et présidé par la présidente du Parti.

 

Au Rwanda, Victoire Ingabire remua ciel et terre pour faire inscrire le Parti, sans succès. Devant l’échec d’inscrire le Parti pour participer aux élections présidentielles, Eugène Ndahayo et ses partisans furent d’avis qu’elle devait revenir en Europe. Nkiko et ses partisans, comme d’ailleurs Victoire Ingabire, estimaient que les élections n’étaient qu’un élément événementiel et non une finalité. Par ailleurs, Victoire Ingabire avait promis publiquement lors du dernier meeting qu’elle a tenu à Bruxelles le 09/01/2010 avant son départ au Rwanda, qu’elle n’abandonnerait pas les Rwandais, qu’elle partait pour rester sur la scène politique rwandaise. Cette divergence de vue fut la deuxième étape de la crise.public.JPG

 

Les négociations de Montreux en Suisse furent la goutte qui a fait déborder le vase. Les contacts préliminaires entre le RNC et les FDU avaient été approuvés par tous sans réserve. Entretemps, Jean Baptiste Mberabahizi, qui voyage souvent en Afrique du Sud, en profitait pour contacter officieusement les gens du RNC. Le Parti préféra donc officialiser les négociations par la réunion de Bruxelles en décembre 2010 puis à Montreux en janvier 2011.

 

Les négociateurs de Montreux (Nkiko Nsengimana, Jean Baptiste Mberabahizi, Sixbert Musangamfura et Ndereyehe Charles) rendaient compte, journellement, au groupe restant des avancées des pourparlers. Au denier jour, le projet de communiqué conjoint fut également dispatché, JB Mberabahizi devait en assurer la version française.

 

Alors que tout avait été approuvé au cours des négociations, Eugène Ndahayo s’opposa à la sortie du communiqué conjoint, qui reprenait, d’une manière générale, les points ayant fait le consensus entre les deux partis.

 

D’après Nkiko Nsengimana, ce n’est pas une pure coïncidence si Eugène Ndahayo voulait que le communiqué sorte après la conférence du Parti RDI de Faustin Twagiramungu dont les négociations avec le RCN avaient capoté. De plus, Eugène Ndahayo aurait été contacté par les envoyés de la sénatrice Inyumba Aloysie lors de leur dernière mission en Europe. Ces situations expliquent probablement l’attitude d’Eugène Ndahayo.

 

Une autre chose bizarre est qu’après la sortie du communiqué, Eugène Ndahayo a chassé Nkiko Nsengimana et Sixbert Musangamfura, alors que dans les négociations, il y avait également Ndereyehe et Mberabahizi.  Pour les intervenants, le communiqué de presse dont Ndahayo ne conteste pas par ailleurs le contenu comme il l’a affirmé à BBC-Gahuzamiryango, n’est qu’un prétexte.

 

Dans la suite, Eugène Ndahayo et son groupe ont fait resurgir leurs Partis, alors qu’ils avaient toujours été des défenseurs acharnés de la fusion des composantes initiales des FDU ; de plus, le principe que les FDU-Inkingi sont un et unique Parti, avait été convenu avant d’aller se faire inscrire au Rwanda.

Dans le même communiqué, Eugène Ndahayo ne reconnaît plus le Comité provisoire sur le terrain au Rwanda ; après avoir signé comme président de son ancien parti FRD, il revient avec sa signature de Vice-président comme si le Parti était revenu en Europe.

 

En sa qualité de président du Comité de coordination, Nkiko a convoqué une réunion des représentants du Parti le 27/02/2011 pour mettre fin à la crise. Le communiqué a été lu par Emmanuel Mwiseneza. Il réaffirme le rôle prépondérant du Comité de coordination comme seule structure mise en place conformément aux procédures, décide qu’il soit élargi et qu’un conseil des Sages soit mis sur pied.

 

Le comité provisoire du Parti au Rwanda a aussi parlé, par télephone, avec le public et a déploré les divisions qui déchirent les membres du Parti à l’extérieur. Un des journalistes présents a demandé au Vice-président si ces divisions n’ont pas de rapport avec ce qui se passe au Rwanda où un groupe de personnes soit disant membres du Parti FDU-Inkingi, demande au « Comité de soutien » de Ndahayo de nommer un représentant du Parti au Rwanda en remplacement du Comité provisoire. Le Vice-président a répondu que cela est possible et qu’il est habitué à ce genre de manipulations. Le secrétaire général du Parti FDU Inkingi a illustré ce qui se passe au sein du Parti comme suit : « Tous ceux qui commencent la guerre, ils ne la terminent pas tous ; il y a ceux qui désertent, mais d’autres persistent et arrivent à la victoire même si souvent ils y mettent des sacrifices ».

 

Après cette « cuisine interne » exposée et déballée au grand public, c’était la consternation dans la salle ; les questions posées le montraient bien. Les intervenants ont souhaité à plusieurs reprises que le Parti se ressaisisse et parle d’une même voix. D’autres questions ont porté sur la collaboration des FDU-Inkingi et le RNC qui avait des représentants dans la salle. La parole a été donnée à Joseph Ngarambe qui dirigeait la délégation. Il a réaffirmé que le RNC et les FDU ont des convergences de vue sur un nombre important de points, notamment sur les voies et moyens de réaliser l’objectif d'instaurer une vraie démocratie et un Etat de droit au Rwanda.

 

Les questions ayant trait à la position du RNC sur la révolution de 1959, au génocide des Hutu, aux crimes de certains membres de RNC, ont été récurrentes ; Nkiko a lu le communiqué conjoint des négociations de Montreux sur ces points. Les participants ont été informés que RNC reconnaît le bien-fondé de la révolution de 1959 même si ses idéaux sont restés inachevés, un groupe sur le rapport « Mapping report » sera mis en place, les deux partenaires sont d’accord de lutter pour un dialogue inter-rwandais hautement inclusif qui établira la vérité sur ce qui s’est passé au Rwanda, mettra en place une «  Commission vérité justice et réconciliation » et que personne n’est opposé à se défendre devant une justice équitable et impartiale.

 

Outre les membres des FDU-Inkingi venus de Belgique, étaient également présents des membres venus de France, des Pays-Bas (dont le mari de Victoire Ingabire), d’Allemagne et de Suisse.

 

La hache de guerre sera-t-elle enterrée après les explications données et la conciliation demandée par le public ? Wait and see !

Gaspard Musabyimana

28/02/2011

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