Rwanda/génocide : Manolo d’Arthuys comme Marianne Klaric, adepte du déni de la présomption d’innocence ?

Publié le par gaspard-musabyimana

23 JUIN 2011 17 H 17 MIN 0 COMMENTAIRESVIEWS: 597

manifestation anti-Kagame à Bruxelles le 4/12/2010_phto EdA Press

En France, le journaliste Manolo d’Arthuys a réalisé un documentaire intitulé « Génocide au Rwanda : des tueurs parmi nous ? » et qui va être diffusé le 28 juin 2011 sur France 2.

Le journaliste y parle de trois rwandais résidant en France : Madame Habyarimana Agathe, Dr Charles Twagira et Marcel Bivugabagabo. Leurs avocats avaient saisi la justice en référé pour demander le visionnage préalable du reportage car ils craignaient que le film ne porte atteinte la présomption d’innocence de leurs clients.

Selon la dépêche de l’AFP du 23/06/2011, le tribunal de Grande Instance de Paris les a déboutés, jugeant que les demandeurs « n’apportent pas les éléments propres à laisser très sérieusement présumer que le journaliste aurait dans sa présentation du document manqué à son obligation de s’abstenir de toutes conclusions définitives, mais aurait au contraire manifesté un préjugé à leur égard, tenant de façon péremptoire pour acquise leur culpabilité avant tout jugement ».

Cette décision du juge ne ferme pas pour autant le dossier car après la diffusion, les personnes concernées risquent de revenir à charge, cette fois-ci avec des éléments concrets. Le cas de telles émissions n’est pas isolé.

En Belgique, un documentaire similaire avait été réalisé par la journaliste Marianne Klaric. Curieusement, il portait lui aussi presque le même titre : « Les génocidaires sont parmi nous ». Il a été diffusé sur la RTBF le 3 septembre 2008. Certains Rwandais cités dans le film ont porté plainte. Echos d’Afrique s’est procuré la copie du jugement du pasteur Joseph Nsanzurwimo que la journaliste avait incriminé sans nuance.

Dans le prononcé du jugement du 09/11/210, le tribunal de Première Instance de Bruxelles a donné gain de cause à Nsanzurwimo et a condamné la RTBF à dédommager l’intéressé. Le tribunal a relevé que l’identité de certains témoins « a été brouillée au moment du montage, ce qui devait empêcher les téléspectateurs de s’apercevoir de la mystification », que cela « témoigne de la mauvaise foi dont ont fait preuve la RTBF et madame Marianne Klaric ». Les juges ont considéré que certains témoins de la journaliste étaient peu fiables. Ainsi pour l’un des témoins, « ses accusations sont disparates et pour la plupart totalement vagues ». […] « Elles n’ont pas été vérifiées, alors qu’elles émanent d’un individu dont les déclarations sont sujettes à caution ».

Pour le tribunal, «  l’émission a été conçue, montée et présentée pour convaincre injustement de la culpabilité de monsieur Nsanzurwimo ».

« Dès lors que l’émission prétend livrer les résultats d’une véritable enquête dont le téléspectateur devrait pouvoir penser qu’elle a été menée de façon rigoureuse et approfondie, il est logique que les devoirs d’investigation, de vérification et de recoupement des sources soient appréciés de façon rigoureuse ».

« Il est attendu d’un journaliste normalement prudent et avisé qui diffuse une émission portant atteinte à l’honneur et à la réputation d’un tiers, comme c’est le cas en l’espèce, qu’il ait contrôlé ses sources d’information de manière professionnelle ». Pour les juges, il peut légitiment être reproché à madame Klaric et à la RTBF d’avoir commis une faute grave et « un grave manquement à la déontologie journalistique en accusant à la légère monsieur Nsanzurwimo d’avoir participé au génocide perpétré au Rwanda, sans avoir procédé à une enquête sérieuse à laquelle il n’est pas contesté qu’il aurait pu être procédé, sans avoir vérifié et recoupé les accusations formulées par des soi-disant témoins peu fiables, accusations qu’elles ont non seulement relayées, mais également accréditées en les prenant à leur propre compte, manquant à leur devoir d’objectivité et d’impartialité ».

« Madame Klaric a également commis une faute en prétendant faussement à monsieur Nsanzurwimo qu’elle réalisait un reportage sur le thème de la réconciliation des Rwandais, thème qui lui est cher, pour lequel il a accepté d’être interviewé et filmé et de laisser filmer l’église où il est pasteur et les fidèles, alors qu’il n’en était rien. En occultant délibérément l’objet du reportage réalisé, madame Klaric a abusé du consentement de monsieur Nsanzurwimo et manqué à l’obligation de loyauté qui lui incombait ».

Au vu de ces larges extraits du procès Nsanzurwimo, le documentaire du journaliste Manolo connaîtra-t-il le même sort ? C’est fort probable car les témoins qui ont été contactés sont notamment ceux du groupe qui tourne autour d’Alain Gauthier, président du CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda) dont l’objectivité laisse à désirer.

Outre les témoins peu fiables, le journaliste, comme dans l’affaire Nsanzurwimo, a interviewé certains des plaignants mais déjà leurs avocats sont d’avis que leurs discours ne peuvent qu’être manipulés pour servir à la partialité affichée du journaliste.

Les trois Rwandais concernés vont voir le film avec vigilance en vue d’une action prochaine en justice au cas où ils jugeraient qu’il porte atteinte à leur présomption d’innocence.

Zédoc Bigega
Echos d’Afrique

 

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