Rwanda : le paysan est en train de mourir à petit feu

Publié le par gaspard-musabyimana

Abana-n-ababyeyi-S.jpgAprès sa prise de pouvoir en juillet 1994, le FPR s’est attelé à réduire à sa plus simple expression la masse de paysans restés au pays. Ceux qui étaient hors d’atteinte de ses griffes, il les a poursuivis en République Démocratique du Congo. Par des bombardements aveugles, il a fait parmi eux des centaines de milliers de victimes. Certains rapports parlent de 500.000 morts. Jusqu’aujourd’hui, aucun coupable n’a été puni. C’est une première dans l’histoire du monde.


Fort de cette impunité, le FPR a continué sur cette lancée. Il a affiné ses méthodes en recourant à d’autres moyens non moins criminels, notamment celui d’affamer la population paysanne.


Prétextant la chasse aux infiltrés, il a ordonné, à partir de 1998, que toutes les plantations de bananeraie soient coupées notamment dans les régions nordiques et du Centre. Cette mesure est dramatique. Car, le bananier est une plante à usage multiple dans la vie des paysans rwandais. Ils en mangent les fruits, ils en produisent du jus ou du vin, ses feuilles servent à couvrir les toits des maisons ou de nourriture pour le bétail. Le bananier se reproduit, à n’importe quelle saison, et résiste aux caprices du climat. Dans l’histoire du Rwanda, le bananier a servi de soudure pour traverser des périodes de disette.


Les idéologues du FPR n’ont pas tari d’imagination pour pérenniser cette politique criminelle. Ils ont, de 1997 à 2000, introduit une politique de villagisation. Les autorités, doublées de « milices de défense locale », ont obligé les paysans à détruire leurs maisons, souvent en dur avec des briques, des tuiles et des tôles, pour aller dormir à la belle étoile dans des zones non viabilisées. Il a fallu une intervention ferme des bailleurs de fonds pour que cette politique cesse.


En 2004, il y a eu la loi sur la réforme foncière. Elle a fait beaucoup de dégâts : partage des terres sans aucune règle connue, interdiction d’habiter dans les abords des lacs et des grands cours d’eau, expropriation sans contrepartie ou avec une compensation insignifiante qui ne permet pas à l’exproprié de se recaser. Dans la province de l’Est du Rwanda, des paysans ont été purement et simplement chassés ou tués et les grands magnats du régime se sont appropriés de leurs terres. Plus d’une vingtaine de grands cadres du FPR, des officiers, des hommes d’affaires, etc. avaient en moyenne plus de 600 ha, alors que le paysan a en moyenne 0,6 ha. Il a fallu encore une fois que les bailleurs de fonds du Rwanda élèvent la voix, ce qui a contraint le président Kagame à aller sur le terrain, en juillet 2007, pour la redistribution de ces terres. Cela n’a rien arrangé car selon les instructions  édictées, l’éleveur (revenu d’Ouganda avec son bétail) se taillait la part du lion sur le dos de l’agriculteur.


Profitant du thème en vogue qu’est l’environnement, le FPR a interdit au paysan rwandais de couper un arbre dans son bois, de fabriquer des briques ou des tuiles dans des sols argileux de son champ,… La conséquence est que le paysan doit dépenser de l’argent qu’il n’a pas pour acheter du bois de chauffage et d’habiter une hutte en paillasse.


Le ministère de la santé n’a pas été en reste. Il a imposé, depuis 2006, le port obligatoire de chaussures à tous les Rwandais pour question d’hygiène. Dans la capitale Kigali, les va-nu pieds furent chassés tandis que dans les campagnes, le paysan sans soulier ne peut pas entrer dans un bâtiment public comme le bureau communal pour ses papiers ou à l’hôpital pour se faire soigner. Entre-temps, les hommes du FPR importateurs de chaussures en plastiques se sont vachement enrichis en profitant de cette aubaine.


Alors que le paysan a de la peine à faire vivre sa famille, il a été introduit, dans certaines régions, l’obligation d’abandonner les cultures vivrières, pour cultiver des fleurs pour l’exportation. La situation alimentaire s’est empirée ainsi dans certaines régions et la famine y devenue endémique.


La « Vision 2020 » est en train de déraper. Elle a entre autres pour objectif de diminuer le pourcentage de la population vivant de l’agriculture qui devrait passer de 90% à 50%. Pour ce faire, une loi a instauré la monoculture par la régionalisation des cultures. Cette politique est en train d’empirer la condition des paysans et de créer une situation d’insécurité alimentaire grandissante. Une seule culture pour une région entraîne entre autres « la surabondance de ce produit et dans la même période provoque des problèmes de stockage, de chute des prix sur le marché et entraîne une démonétarisation des paysans qui n’arrivent pas à gagner suffisamment pour assurer la survie de leurs familles ».


Et que dire des paysans devenus des sans abris parce que leurs habitations ont été détruites sur ordre des autorités dans le cadre la politique criminelle de lutter contre les maisons couverte de paille ?


Le programme « Girinka » contraint le paysan à entretenir une vache alors qu’’il n’a pas suffisamment de terres pour cultiver le fourrage d’une part et les cultures vivrières d’autre part. Le paysan devient prisonnier de ce cadeau empoisonné.


En janvier 2011, le ministère de la santé a révélé son programme de stérilisation soi-disant pour faire face à une démographie. 700000 personnes devraient être vasectomisées et un accent particulier va être mis sur les paysans pauvres.


A l’heure actuelle, le paysan rwandais ne se retrouve plus dans son propre pays.


Gaspard Musabyimana

Le 25/03/2011

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